Quelles sont les perspectives pour les prix de l’énergie à l’horizon 2028 ?

Deux fois par an, nos experts analysent l’évolution des prix de l’énergie pour les 5 prochaines années. Dans cette édition de fin avril 2024, nous avons revu à la baisse la plupart de nos prévisions établies fin 2023. Voici un résumé des principaux points.
Niels Villers
03/06/2024 |

Le contexte macro-économique

À partir du printemps 2024, la zone euro devrait progressivement sortir de la crise et renouer avec la croissance. L’économie américaine devrait, elle, ralentir progressivement sous l’effet des taux d’intérêt élevés, avant de retrouver des couleurs en 2026.

Les perspectives de croissance de la demande d’énergie sont mondialement inférieures à celles estimées fin 2023. Malgré la baisse des prix, l’Europe continue de connaître une faible consommation de gaz et d’électricité, avec un potentiel limité à la hausse dans les années à venir.  Et les économies américaines et chinoises devraient en outre être ralenties.

Quelle tendance devrait suivre la courbe des prix du pétrole ?

Pour 2024, la volonté affichée de ne pas vouloir provoquer de conflit majeur au Moyen-Orient diminue le risque de hausse des prix.

Nous devrions en outre assister à une augmentation de l’offre. L’OPEP a décidé de prolonger jusqu’à fin 2025 ses limitations de production (d’application depuis juillet 2023). Huit membres sont néanmoins autorisés à mettre progressivement un terme aux réductions volontaires établies pour compenser les pays de l'OPEP qui n'adhèrent pas à l'accord de base établi.

En 2025, le ralentissement des économies américaine et chinoise devrait faire diminuer la demande et entraîner une offre excédentaire qui fera baisser les prix.

La tendance structurelle à la baisse de l’utilisation des combustibles fossiles exercera une pression permanente sur les prix, malgré la reprise économique mondiale attendue en 2026.

Vers un prix du gaz naturel relativement stable jusqu’en 2026

L'Europe devrait commencer l'hiver prochain avec des stocks complets, mais le réapprovisionnement en 2025 et 2026 pourrait être plus difficile, soutenant les prix jusqu'à ce que le marché mondial se détende à partir de 2027-2028.

Au deuxième semestre 2024, nous devrions nous retrouver dans un contexte fondamental de prix légèrement haussier, oscillant dans une fourchette de 25 à 35-40 EUR/MWh :

  • Les fondamentaux de marché en Europe sont solides, avec des niveaux de stocks record, le faible niveau de la demande et des importations robustes via les gazoducs norvégiens. 
     
  • Mais le potentiel de baisse des prix est limité par les pays asiatiques qui achètent d’importants volume de GNL initialement prévus pour l'Europe en 2024.
     
  • Les risques géopolitiques peuvent toujours soutenir les prix et devront être suivi de près.
     
  • En outre, même si le marché est fondamentalement en équilibre, il reste assez volatil. Chaque facteur de risque qui menace l’approvisionnement en GNL ou via gazoduc devient sensible. La part du GNL dans le mix énergétique européen devient aussi de plus en plus importante. Au printemps, les deux événements suivants ont par exemple engendrés une forte augmentation des prix : 
    • L’annonce du possible retard dans la date de démarrage d’une nouvelle usine américaine d'exportation de GNL (Golden Pass). 
    • La forte baisse des exportations norvégiennes due à une panne au sein de l’usine de traitement du gaz (Nyhamna).

Pour 2025 et 2026, nous nous attendons à un resserrement du marché, avec entre autres, l’arrêt prévu du transit ukrainien à la fin 2024, qui réduira de moitié les flux restants de gazoducs russes vers l’Europe. La concurrence accrue avec le marché asiatique du GNL devrait maintenir les prix du gaz autour des 35 EUR/MWh sur cette période.

À partir de 2027-2028, la mise en opération de nouvelles capacités de liquéfaction (principalement aux États-Unis et au Qatar) amènera le marché mondial du gaz en situation de surcapacité, ce qui devrait entraîner une diminution des prix du gaz.

Les retards dans la construction ainsi que le rythme de croissance de la demande asiatique de GNL constituent néanmoins des incertitudes majeures sur cette période.

Comment le prix d’électricité devrait-il évoluer ?

Le ralentissement de la demande, une pénétration accrue de la production d’énergie renouvelable et la baisse des coûts des combustibles nous ont amenés à revoir à la baisse nos prévisions d’évolution des prix de l’électricité par rapport à notre analyse de fin 2023.

De ce deuxième semestre 2024 à 2027, les prix de l’électricité devraient rester soutenus par les prix haussiers du gaz et des droits d’émissions de CO2.

À partir de 2028, de nouvelles capacités de production d’énergie renouvelable et l’amélioration de la flexibilité du marché (stockage et gestion de la demande) devraient permettre aux prix de l’électricité de se détendre et d’être moins liés aux prix du gaz. On attend également une baisse des prix du gaz, malgré la hausse des droits d’émission de CO2.

Important. La volatilité marquée des prix intra-journaliers devrait persister à cause de l’impact des énergies renouvelables (les prix négatifs sur les marchés sont de plus en plus fréquents). La flexibilité sera essentielle pour palier à l’intermittence des énergies renouvelables et pour répondre à la demande aux heures de pointe.

Ces prévisions sont soumises à deux incertitudes majeures. D’une part, l'évolution de la demande, car le rythme d'électrification et de sortie de crise pourrait varier considérablement en fonction de la santé économique de la zone euro. Et d’autre part, l’évolution des prix des droits d’émission de CO2.

Et les droits d’émissions de CO2 (EUA) ?

Au deuxième semestre 2024, les prix devraient se maintenir à leurs niveaux actuels, aux alentours de 65-70 EUR/t, en raison principalement de la destruction persistante de la demande industrielle et de l’augmentation des moyens de production d’énergie renouvelable dans l’UE.

En 2025, on pourrait assister à une légère remontée due à la reprise industrielle et au resserrement du marché du gaz.

À partir de 2026, nous voyons une tendance haussière sur le marché du CO2. Cela est principalement dû à un équilibre plus serré du marché, résultant principalement du deuxième ajustement à la baisse du système d’échange de quotas d’émission de l’Union Européenne. Le secteur du transport maritime devra également être pleinement en conformité.

La tendance à la hausse des prix devrait ralentir au cours de la dernière partie de la décennie (2027-2030), car le marché devrait bénéficier de la mise en œuvre rapide de nouvelles capacités renouvelables, de la décarbonation de l'industrie et de l’équilibre confortable du marché du gaz.

Important. Ces perspectives ne tiennent pas compte d’un risque d’intervention politique qui pourrait faire différer significativement l'évolution des prix présentées dans ce rapport.

Conclusion

Depuis la crise de l’été 2022, les prix de l’énergie ont baissé et retrouvé un certain équilibre, mais ils restent toutefois supérieurs aux niveaux d’avant cette période. 

La tendance des prix Forward du gaz et de l’électricité devraient être légèrement haussière au second semestre 2024. 

La reprise économique et l’augmentation de la demande, ainsi que la concurrence avec l’Asie concernant les importations de GNL, pourraient maintenir cette pression haussière sur les prix jusqu’en 2027. 

À partir de 2028, la mise en opération de nouvelles capacités de liquéfaction de gaz et de nouvelles capacités de production d’énergie renouvelable devraient permettre une diminution significative des prix du gaz et de l’électricité.

Important : la volatilité des prix devrait être de plus de plus marquée, amenant son lot de risques et d’opportunités.

Disclaimer
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